Nous, jeunes travailleuses et travailleurs syndiqués , réunis à l’occasion du Rassemblement des jeunes de la CSN autour du thème L’implication syndicale en environnement pour un développement durable, les 19 et 20 novembre 2009, à Québec, soutenons que nous sommes préoccupés par les changements climatiques, la pollution des eaux, de l’air et du sol, la perte de la biodiversité, la pénurie d’eau, la rareté et l’épuisement des ressources naturelles et la crise alimentaire. L’action syndicale ne se limite pas qu’à la stricte négociation des conditions de travail et de rémunération. Les syndicats revendiquent l’accès à un travail décent, de même que la participation aux décisions qui gouvernent l’organisation sociétale, surtout lorsqu’elles ont un impact sur le travail, la santé publique, la répartition de la richesse et le milieu naturel essentiel au maintien de la vie.

Nous affirmons que la crise financière, économique, sociale, environnementale et alimentaire que nous connaissons est la résultante d’un modèle de consommation, de production et de partage de la richesse qui s’avère écologiquement, socialement et économiquement insoutenable et que c’est toute la population qui en paie et continuera d’en payer le prix.

Toute tentative de sauver ce modèle empreint de la pensée néolibérale ne fera que repousser l’ultime limite à un moment où la situation sera encore plus grave, plus incontrôlable. Nous avons à craindre la façon dont seraient partagées les ressources nécessaires à la vie.

C’est maintenant qu’il faut mobiliser et orienter les énergies vers l’émergence d’un développement dont l’objectif premier est le bien-être des personnes, ce qui exige un meilleur partage des ressources. Le respect de l’environnement devient une condition et l’économie, un moyen.

1. Un modèle de développement au bout du rouleau

Le développement économique qui carbure à une croissance infinie, à une polarisation et à une financiarisation à outrance de l’économie est dépassé, au bout du rouleau, rempli de contradictions et de corruptions chroniques.

Dans sa course effrénée à l’accumulation et aux profits, le modèle de développement capitaliste a failli à ses promesses. Il pille l’environnement et rase le bien-être des populations en les appauvrissant toujours plus. Résultat : les inégalités sociales et économiques sont de plus en plus fortes et criantes. Les ressources naturelles s’épuisent graduellement. Les pollutions se multiplient au point d’affecter notre santé et de rendre l’eau imbuvable. Le réchauffement climatique global engendré par les activités humaines et des pratiques énergivores, notamment dans les industries et le transport, menace aujourd’hui la survie de l’humanité.

2. Le développement durable, un projet à construire collectivement

Nous, jeunes travailleuses et travailleurs, ne sommes pas des instruments au service de l’économie, mais des acteurs conscients de nos responsabilités face aux générations à venir. Des acteurs convaincus qu’un véritable développement durable n’est pas un « turbocapitalisme » devenu vert, mais plutôt un projet à construire collectivement et nous avons cette capacité d’y participer.

Nous croyons que la crise actuelle est une occasion unique de redonner du sens au développement économique et de repréciser le rôle des travailleuses et travailleurs, syndiqués ou non, et des syndicats dans la mise en place de conditions qui privilégient l’équité sociale, l’efficacité économique, la préservation de l’environnement et la démocratie participative.

Nous avons la connaissance et les savoir-faire pour agir sur les enjeux d’aujourd’hui et de demain. Les travailleuses et travailleurs ainsi que les syndicats ont leur mot à dire et une place à prendre au sein des entreprises et des institutions pour que l’emploi et la protection de l’environnement cessent d’être vus comme deux notions irréconciliables, mais qu’ils deviennent un levier pour orienter notre développement économique et social.

Il est temps de déployer une vision d’avenir où les emplois qui se créent soient désormais des emplois verts et décents, qui contribuent à réduire les impacts de nos activités économiques sur les écosystèmes. Les travailleuses et les travailleurs doivent participer à ce changement et ainsi permettre la transformation des milieux de travail, dans le cadre d’une transition équitable.

Nous croyons que la prise en charge par les travailleuses et travailleurs des problèmes environnementaux liés à leur milieu de travail est une occasion d’agir sur les émissions de gaz à effet de serre, la réduction du bruit, de la poussière, de la contamination des ressources, de la consommation d’eau et d’énergie, sur le gaspillage des matières premières et la gestion des matières résiduelles. Elle est une occasion de s’informer, de se former et de proposer de nouvelles façons de faire. Cette prise en charge des enjeux environnementaux est une opportunité sans pareil de renouveler l’action syndicale en même temps que l’activité économique.

Nous interpellons les entreprises, les institutions et les gouvernements. Le développement durable est une construction collective où ils occupent un rôle clé.

Au-delà de leurs obligations légales, les entreprises et les institutions doivent se comporter de façon responsable en intégrant dans leurs relations et leurs opérations au quotidien le respect des droits humains, des droits fondamentaux au travail, de l’environnement et des communautés où elles s’installent.

De son côté, l’État doit exercer la plénitude de ses responsabilités et légiférer pour favoriser une plus grande participation des travailleuses et travailleurs dans leur milieu de travail. Il doit permettre, entre autres, la mise en place de comités d’entreprise chargés d’évaluer les actions ou modifications susceptibles de mieux lutter contre les changements climatiques, de réduire l’empreinte écologique et de protéger la santé des travailleuses et des travailleurs et de leur communauté.

3. Un nécessaire changement des mentalités

Nous agissons déjà dans nos milieux de travail pour changer les mentalités et adopter des pratiques qui soient respectueuses des personnes et de l’environnement.

De nouvelles pratiques sont en route et sont portées par des travailleuses et travailleurs de toutes les générations. Par exemple :

- des syndicats jouent un rôle actif pour obtenir dans leur milieu de travail la certification « Ici on recycle » ;
-  sur un plan régional, conjointement avec d’autres organisations, des pratiques communes d’achats aux niveaux local et régional sont mises en place ;
-  la réduction à la source du papier par différents moyens comme l’impression recto verso et l’émission de bordereaux de paies par Internet est appliquée ;
-  des politiques et des habitudes de covoiturage commencent à s’imposer ;
-  des comités verts sont formés pour proposer de nouvelles façons de faire aux employé-es et aux employeurs ;
-  des politiques vertes modifiant les pratiques de gaspillage sont adoptées ;
-  les 4RV sont mis en place et hiérarchisés : d’abord la réduction de la consommation, la réutilisation des produits, la récupération de matériel, leur recyclage puis leur valorisation.

Plusieurs actions et gestes ont été posés, mais beaucoup reste encore à faire. Changer les mentalités ne s’obtient pas en un jour.

La prise en charge syndicale de la question environnementale par les travailleuses et travailleurs peut faire une différence.

Nous, jeunes travailleuses et travailleurs , nous tournons vers la CSN, ses conseils centraux et ses fédérations pour être soutenus et outillés dans les actions syndicales à poser localement. Nous croyons que notre action aura des répercussions importantes sur ceux qui nous entourent dans la mesure où nous exercerons ensemble un leadership inspirant.

4. Agissons vite !

Face à l’ampleur des déséquilibres économiques, sociaux et écologiques que provoque la crise actuelle à l’échelle du globe, nous n’avons ni les moyens ni le temps de rester indifférents. Il faut agir vite !

Nous, jeunes travailleuses et travailleurs de la CSN, nous engageons dans nos milieux de travail à additionner les gestes concrets et à interpeller nos employeurs pour transformer les pratiques actuelles de production de biens et services et ainsi favoriser une consommation responsable.

Nous nous engageons aussi à multiplier les lieux d’action d’où pourra émerger un monde d’économie plutôt que de gaspillage. Un monde de solidarité aux multiples visages. Un monde qui privilégie le respect des droits humains et des droits fondamentaux du travail. Un monde dont l’empreinte écologique sera modeste, car l’économie sera au service de la société et non l’inverse.

Dans la construction de ce monde fondé sur le développement durable, nous, jeunes travailleuses et travailleurs, demandons qu’une attention particulière soit portée à ce que :
-  les gouvernements fédéral et provincial respectent les recommandations du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) et se donnent ainsi des cibles ambitieuses de réduction de gaz à effet de serre. Nous les invitons à négocier de bonne foi à Copenhague et dans les autres rencontres internationales visant l’adoption de protocoles mondiaux sur les changements climatiques. Les gouvernements doivent se donner les moyens d’atteindre véritablement leurs cibles.

Dans la construction de ce monde fondé sur le développement durable, nous, jeunes travailleuses et travailleurs, demandons qu’une attention particulière soit portée à ce que :
-  les comités sectoriels et régionaux qui ont fait l’objet d’une proposition adoptée lors du dernier congrès de la CSN de mai 2008, aient pour mandat d’analyser les impacts sur l’emploi des changements climatiques, des mesures d’adaptation aux changements climatiques ainsi que des actions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et proposer des stratégies afin de mettre en œuvre une transition juste vers une réalité où dominent les emplois verts et décents. Ces espaces de dialogue social doivent grouper sur le plan sectoriel des travailleuses et des travailleurs, les organisations qui les représentent, des représentants gouvernementaux, des employeurs, des spécialistes et des groupes environnementaux. Sur un plan régional, ces comités doivent aussi inclure d’autres groupes de défense de la société civile.

Dans la construction de ce monde fondé sur le développement durable, nous, jeunes travailleuses et travailleurs, demandons qu’une attention particulière soit portée à ce que :
-  les gouvernements s’assurent qu’à l’intérieur des plans de lutte aux changements climatiques, ils se donnent les moyens de vérifier que les principaux acteurs économiques réduisent véritablement leur empreinte écologique. Nous leur demandons d’agir particulièrement sur la réduction du gaspillage, sur le développement du transport en commun, sur la gestion des matières résiduelles ainsi que sur le renforcement des écosystèmes.

Dans la construction de ce monde fondé sur le développement durable, nous, jeunes travailleuses et travailleurs, demandons qu’une attention particulière soit portée à ce que :
-  nous puissions obtenir une loi sur le droit et le devoir d’alerte comme celle réclamée par la CSN pour le secteur alimentaire. À cet effet, nous revendiquons une loi qui protège les travailleuses et travailleurs qui dénoncent une situation socialement inacceptable ou dangereuse pour la santé de la population et des écosystèmes.

Nous, jeunes travailleuses et travailleurs syndiqués , réunis autour du thème L’implication syndicale en environnement pour un développement durable, les 19 et 20 novembre 2009, à Québec, nous engageons au sortir de ce rassemblement à promouvoir cette déclaration dans nos syndicats, dans les instances de la CSN, des fédérations, des conseils centraux, dans nos milieux de travail ainsi que sur la place publique.